La quarantaine révolue, l’auteur et metteur en scène guinéen, Souleymane Thianguel Bah, reçoit ce dimanche au Festival des Francophonies, Les Zébrures d’Automne, à Limoges, le Prix RFI Théâtre 2020. L’écrivain exilé en France depuis près de quatre ans, a présenté à ce concours, un texte intitulé « La Cargaison ».

Pour Souleymane, recevevoir ce prix est, en plus d’un « grand honneur », un acte qui marque la « reconnaissance » de son travail d’écrivain pour le théâtre. Une aventure dans laquelle il dit s’être lancé en 2016.

« Cela signifie pour moi la reconnaissance de mon travail en tant qu’auteur. Évidemment, j’ai déjà une longue carrière de metteur en scène, mais j’ai commencé à écrire pour le théâtre très récemment, en 2016. Pour moi, l’écriture théâtrale a été toujours quelque chose dont j’ai eu peur. Je dis souvent : je suis arrivé à l’écriture théâtrale par effraction. Avoir ce prix est une reconnaissance, un énorme plaisir et un grand honneur. », a-t-il confié au quotidien français RFI.

Un texte inspiré du combat contre le troisième mandat en Guinée

La pièce présentée à ce concours, par Souleymane et qui lui a permis de rafler ce prix, est inspirée de la situation socio-politique de la Guinée, des tueries enregistrées pendant les manifestations du FNDC qui tente d’empêcher Alpha Condé, de briguer un troisième mandat et de s’offrir une éventuelle « présidence à vie ».

« La pièce est fortement inspirée de l’assassinat de onze jeunes Guinéens après une manifestation en octobre 2019 dans le cadre de la lutte du changement de la constitution et la volonté du chef de l’État guinéen actuel de briguer un troisième mandat. Les corps des onze jeunes ont été pris au piège par les deux extrêmes : le mouvement FNDC qui lutte contre le changement de la Constitution [permettant à Alpha Condé de briguer un troisième mandat présidentiel, ndlr], voulait offrir à ces corps des funérailles grandioses. De l’autre côté, l’Etat, le pouvoir, n’a pas envie que les choses se passent ainsi, parce que cela montrerait aux yeux du monde le caractère répressif de l’Etat. Les corps ont été pris dans ce piège-là et ils ont eu du mal à être enterrés. Certains étaient même en situation de décomposition. La pièce est fortement inspirée de ces cadavres qu’on a pendant très longtemps trimballés entre un hôpital et un autre… », explique l’auteur.

Le prix RFI Théâtre est à sa septième édition cette année. 218 candidats, issus de 20 pays, ont postulé et 13 textes inédits ont été présélectionnés, parmi lesquels figurait « La Cargaison », de Souleymane Thianguel Bah.

Abdoulaye KABA