Un homme politique africain disait que: « les routes valent pour un pays, ce que valent les veines et artères pour le corps humain ». Le Dr Ousmane Kaba, économiste réputé, confie souvent qu’aucun pays ne peut se développer sans infrastructures routières.

Les guinéens depuis plusieurs années attendent de leurs dirigeants, précisément du régime d’Alpha Condé, des routes dignes de ce nom, pouvant fluidifier le trafic inter et intra-urbain, impactant ainsi leur quotidien et les sortir de la pauvreté et de la précarité, qui envahissent déjà presque tous les foyers. 

Un vœu pieux ou un espoir déchu avec en face, une gouvernance qui a ses priorités ailleurs?

Incroyable mais vrai. Pendant que, plus que jamais, le besoin est indispensable tellement nos routes ont « la gueule cassée », le budget dans le secteur des travaux publics a drastiquement baissé. Ce n’est pas une invention à la guineenne. Ce sont les chiffres qui le disent. Il suffit de déchiffrer les lois de finances de ces cinq dernières années seulement.

En jetant un coup d’œil dans la L.F. de l’exercice 2019 – 2020, le constat du rabotage du budget dédié aux projets de réel développement (routes, ponts et chaussées) est très saisissant.

Mais pour mieux comprendre, restons focus sur ces trois dernières années. En 2018, le projet de loi de finances estimait le budget à 2.334.410.590.000 (deux mille trois cent trente quatre milliards quatre cent dix millions cinq cent quatre-vingt dix mille francs guinéens.

En 2019, 1581 milliards 516.376.000 ont été consacrés aux travaux d’érection des ponts, de construction et de réfection des routes tels que rêvés par les guinéens.

L’année 2020 est une période sensible, au vu du climat social et politique tendu. C’est surtout une année électorale où généralement les pouvoirs publics cherchent à produire du résultat à défaut de produire des résultats. Des remous et de la frustration, il y en a a couper le souffle, dans la Guinée profonde. Elle, base arrière historique de l’actuel régime, mais malheureusement enclavée, laissée à elle-même. Les récents et insistants mouvements de protestation l’illustrent aisément.

Curieusement, cette année qui aurait pu être celle des grands travaux, pour tout au moins atténuer les frustrations sociales, aggravées par la réalisation en cours, du controversé projet de troisième mandat, a connu une baisse substantielle du budget alloué. Allant donc de 1581 milliards à quelques 762 milliards, soit une compression de plus de 62 %.

Cette réduction difficile à cerner, aura-t-elle un impact positif sur la réalisation des travaux routiers?
Elle trouve néanmoins son explication dans une série de faits, selon des sources relativement mieux averties, que nous avons consultées. Ce sont entre autres:

– La difficulté économique dans laquelle se trouve la Guinée, en grande partie due à la saignée financière de ces dernières années, sans que la destination des ressources ne soit connue, opérée par les hauts placés au sein du pouvoir central.

– La priorisation des secteurs de la défense, de l’intérieur et de la sécurité qui engloutissent à eux trois, une large partie du budget national.

– Le caractère multiple des priorités, aggravés par la crise sanitaire de cette année et toujours en cours.

– La lenteur dans la mobilisation des ressources issues du financement extérieur (FINEX) et parfois, l’impossibilité pour la Guinée d’inspirer confiance auprès des bailleurs internationaux à travers l’usage fait des crédits et le mauvais montage des dossiers de financement.

Quoi qu’il en soit, ces différents facteurs énoncés par les observateurs et spécialistes consultés par notre rédaction, ne justifient aucunement le supplice des guinéens et l’impossibilité pour eux de parcourir leur pays, sans pour autant mettre en danger, leur santé et bien souvent leurs vies, déjà minables.

Tous les pays qui se veulent sérieux ont misé sur les infrastructures, avec une place particulière accordée aux routes.

Imaginez un corps sans voie de circulation sanguine.

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