La décision du président ivoirien de briguer un nouveau mandat au delà des deux qu’exigent la démocratie et la constitution ivoirienne, apporte du réconfort à la machine du RPG Arc-en-ciel. Le parti au pouvoir en Guinée exécute aisément et bruyamment son projet de 3ème mandat.

Le président Alpha Condé ces derniers temps, isolé sur la scène occidentale, en raison de l’ «opposition non cachée» des occidentaux au récent double scrutin, dispose désormais d’une nouvelle carte pouvant faire office de Joker. Un parfait alibi pour récuser à tort ou à raison, une quelconque opposition de la France et compagnies à son troisième mandat. Les gendarmes du monde pourraient prochainement avoir du mal à constituer un frein à sa reconduction à la tête du pays. Une continuité qu’il veut de tous ses vœux. 

La Côte d’Ivoire et le président Alassane Ouattara font partie des piliers géo-stratégiques de la politique internationale de la France en Afrique. C’est encore d’ailleurs, une des dernières poches de résistance et un promoteur de la Françafrique.

Si Ouattara a eu le courage de se représenter pour briguer un troisième mandat, après avoir mis hors-jeu tous ses sérieux adversaires sans que la France ne dise mot, c’est d’abord parce qu’il s’est assuré l’onction, donc la légitimité de la puissance coloniale. Aucune annonce officielle, comme savent le faire les gouvernements français quand il s’agit de l’Afrique, n’a été encore faite pour s’opposer à cette décision. Ne dit-on pas que qui ne dit mot, consent?

Contrairement à la Côte d’Ivoire, le cas guinéen révèle une opposition ferme et notoire de l’Etat français à la dynamique de maintien au pouvoir, d’un régime en place depuis bientôt une décennie et qui veut s’offrir six autres nouvelles années avec Alpha Condé aux commandes.

Jean-Yves Le Drian s’est récemment exprimé sur le sujet devant les élus français. Il a réitéré l’opposition du gouvernement français. Le hic est que, désormais, le cas ivoirien met la France dos au mur. Un peu dans la même situation que Sidya Touré, opposé d’un côté et en faveur de l’autre.

Comment pourrait-elle exercer une quelconque contrainte sur le pouvoir de Conakry pendant que de l’autre côté du mont Nimba, elle est le principal architecte du maintien du régime d’ADO?

Un cadre de la mouvance présidentielle, sollicité sans succès pour réagir au sujet, a ironisé, en disant que « même Cellou Dalein Diallo », principal challenger d’Alpha Condé et sérieux prétendant à la magistrature suprême, « n’accepterait pas ce deux poids deux mesures de la France ». Alpha Condé également fustigeait, dans une récente interview accordée à un média étranger, ce qu’il qualifie de « démocratie à géométrie variable ».

Beaucoup de guinéens, notamment ceux qui militent au sein du FNDC (coalition d’opposition regroupant des partis politiques et des organisations de la société civile), comptaient sur le soutien de la France entre autres, pour barrer la route à un troisième mandat d’Alpha Condé. La preuve est qu’elle était constamment citée parmi les pays qui soutiennent la cause du FNDC, opposés au changement de constitution en Guinée, bref à la tenue du double scrutin du 22 mars.

Ces deux situations juxtaposées confortent la position de ceux qui croient que « les peuples africains doivent apprendre à ne compter que sur eux-mêmes et non sur les puissances occidentales, qui ne sont elles, qu’à la recherche de leurs intérêts ».

Daraba