L’industrie du spectacle en Guinée est durement éprouvée par la pandémie de Covid-19. Depuis quelques mois, tous les rendez-vous culturels d’envergure sont suspendus alors que plusieurs acteurs du domaine avaient engagé des investissements. Selon des estimations, les pertes s’élèveraient à près de 3 milliards de francs guinéens. 

Le gouvernement guinéen a annoncé ce jeudi 11 juin, « la prise en charge partielle des pertes subies par le secteur des industries du spectacle ». Une mesure qui s’inscrit dans le cadre de la revue de la première phase du plan de riposte gouvernemental contre la pandémie de Covid-19, porté par le chef du gouvernement.

Une mesure saluée par certains opérateurs culturels, mais ne répondant pas au fond du problème selon d’autres

Joint au téléphone, Ablaye Mbaye, opérateur culturel et cofondateur du label Meurs Libre Production, après avoir précisé que cette mesure est le résultat d’une démarche qu’ils avaient engagée, réunis en une vingtaine de structures, auprès du Premier Ministre, s’est réjouit de sa prise en compte par le gouvernement. 

« On a adressé une lettre au premier ministre, attirant son attention sur effectivement, la situation du milieu culturel et particulièrement des promoteurs qui ont annoncé des événements, qui ont effectué des dépenses, et qui ont été annulés, pour qu’on puisse en tenir compte lors des accompagnements que les PME devraient avoir. Donc aujourd’hui c’est une bonne chose pour tous les organisateurs qui se sont mis ensemble, parceque vous n’êtes pas sans savoir que c’est beaucoup de pertes. C’est réconfortant de savoir qu’au moins une partie va pouvoir s’amortir. Cela va permettre en tout cas aux structures de pouvoir rebondir pour remettre en place les événements qui ont été annulés avec un peu moins de dommage », s’est-il réjoui.

Abdoul Rahim Diallo, opérateur culturel, évoluant à la tête du label “Tera Music”, bien que trouvant la mesure salutaire, indique qu’il y a encore d’autres aspects très importants à prendre en compte.

« Rembourser ceux qui ont perdu de l’argent par rapport au Covid-19, qui ont dû annuler des événements, c’est déjà salutaire. Mais le gros problème ce n’est pas là-bas. C’est comment est-ce qu’on fait pour redémarrer les activités. Déjà il y a des emplois qui sont perdus. Le technicien de son, le monteur de scène, celui qui loue la sonorisation, ça fait trois mois qu’ils ne travaillent pas. Est-ce qu’eux ils sont pris en compte ? Comment on fait aujourd’hui pour que ceux-ci se réveillent de cette crise ? On va donner de l’argent à certains qui ont investi, mais ils ne pourront pas réinjecter l’argent dans l’économie maintenant, peut-être un peu plus tard. Il y a énormément de choses qui doivent être prises en compte. C’est bien de rembourser ce que des gens ont perdu, mais ça n’aide pas un secteur à se relever. », a-t-il évoqué.

Abdoulaye Kaba