Le principal mal de la riposte contre le Covid-19 en Guinée, n’est pas que d’ordre financier ou logistique, c’est d’abord et surtout au niveau de l’organisation, du fonctionnement et des relations entre les parties prenantes.

Le Conseil Scientifique de Riposte contre le Covid-19 dans son deuxième avis adressé aux autorités ce 12 mai, a déploré le fait que huit (8) de ses premières recommandations n’ont pas été pris en compte. Après les avoir présentées, l’organe consultatif indique que seulement une seule a été mise en application. Une situation qu’il juge compromettante dans la lutte pour « briser la chaine de contamination communautaire ».

Joint au téléphone ce samedi, Dr Sakoba Keïta, Directeur Général de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, l’instance en première ligne dans le combat contre le “virus maudit”, bien qu’avouant ne pas encore être mieux imprégné de la situation à cause de son absence pour des raisons de santé, s’est tout de même prononcé sur le sujet. 

…Pour mettre une recommandation en œuvre il faut d’abord voir si c’est acceptable, si on a les moyens. Quand tu dis qu’il faut dépister les 12 000 000 de guinéens. Ça c’est une recommandation. Maintenant, comment on va le faire, avec quel rythme et avec quel moyen? Tu dois me dire l’agenda, qui doit le faire. Ça nécessite combien en besoin en équipement et en temps. C’est ce qu’on nous demande sur le plan opérationnel. Voilà un peu ce qui nous différencie de certains aux niveaux stratégiques et politiques. Nous on est opérationnels. Quand tu nous dis quelque chose, il faut que tu nous dise comment ça va se passer et avec quoi et quand. Toute recommandation doit penser à ça. Si toi tu recommandes tu n’as pas d’argent pour le faire, comment on va faire? Parce que le Conseil Scientifique n’est pas un organe de bailleur de fonds. Personnellement je pensais que le Conseil Scientifique comme dans la plupart des pays, c’était pour nous conseiller des stratégies de prises en charge, des essais médicamenteux et beaucoup plus dans la recherche que sur le plan opérationnel. 

Le patron de l’ANSS ne finit pas sans rajouter qu’il se connaît avec la plupart des membres du conseil scientifique.

J’ai étudié avec certains depuis 1973. Chacun connaît son profil. La santé, vous le savez, il y a des spécialistes parmi nous. Si on prend un dentiste pour aller commander un chirurgien général oubien un ophtalmologue à l’hôpital, tu sais bien que ça ne marchera pas. C’est à peu près ce qui s’est passé. 40 ans de santé publique, j’ai géré 40 épidémies dans ce pays. Et on me prend un gynécologue que c’est lui qui doit me dicter ce que je fais, alors qu’on a étudié ensemble.

Dr Sakoba Keïta

Tout semble indiquer qu’une “désarticulation” règne entre ces deux organes, pourtant tous œuvrent pour endiguer la pandémie.
Faut-il encore rappeler que l’heure n’est pas à la discorde, mais plutôt à l’unification des efforts?

A date, plus de 2 500 cas confirmés de Covid-19 ont été enregistrés dans le pays.

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