Depuis bientôt une année, ce projet farouchement contesté par une frange non négligeable de la société civile et l’opposition politique, réunies au sein du Front National pour la Défense de la Constitution, est devenu la préoccupation majeure du peuple de Guinée et ne cesse d’alimenter les débats. Alpha Condé est aujourd’hui plus que déterminé à doter la Guinée d’une nouvelle constitution, bien qu’en panne apparente de stratégie. Jusqu’où, ce projet de nouvelle constitution prend t-il en compte la composante jeunesse. (Décryptage)

Le 04 février 2020 à travers un décret le président Alpha Condé fixe la date d’un référendum en couplage avec les législatives, au 1er Mars. Les guinéens sont appelés aux urnes pour décider de l’adoption ou non d’une nouvelle constitution. A seulement trois (3) jours du jour J, ce rendez-vous est reporté sine die . Pour permettre un audit du fichier par les observateurs étrangers. Ainsi, dès le lendemain de la publication du rapport des travaux de la mission d’observation de la CEDEAO, le président de la République convoque à nouveau les électeurs guinéens aux urnes le 22 mars prochain. Pour non seulement élire sans suspense leurs députés mais surtout donner leurs avis favorables ou non sur son très coûteux projet de nouvelle constitution.

Quid de la jeunesse?

En Guinée, les jeunes représentent plus de 70% de la population selon les statistiques officielles. Donc la composante majoritaire au sein de la population.

En passant au peigne fin le projet de nouvelle constitution, sur 161 articles répartis entre 40 pages faisant plus de 12.000 mots, le terme Jeunes/Jeunesse n’apparaît étonnamment que « trois fois » seulement. Deux fois dans l’article 24. Celui-ci parle de la protection et la promotion de la jeunesse : « La jeunesse doit être particulièrement protégée par l’Etat et les collectivités contre l’exploitation et l’abandon moral, l’abus sexuel, le trafic d’enfant, la traite humaine et les fléaux de toutes sortes. Dans les conditions déterminées par la loi, l’Etat veille, à travers un fonds spécifique, à la promotion et à la préparation de la jeunesse aux enjeux culturels, scientifiques et technologiques futures. »

Dans l’article 26, le terme est cité une fois. Cet article évoque presque les mêmes dispositions que l’article 24 ; de la promotion de la ‘’Jeunesse’’ à travers la culture, la science, l’emploi.

« L’Etat veille à la promotion de la Culture et au bien-être des jeunes et des femmes à travers des programmes spécifiques qui favorisent le développement de la Culture, de l’Education et de l’Emploi », évoque l’article 26.

Trois occurrences seulement, pourtant les deux mandats du président sont dédiés au delà des femmes, aux Jeunes guinéens.

En comparaison à la constitution actuelle, une occurrence de plus

Si nous parcourons la constitution actuelle (celle de 2010), sur 162 articles, le terme “Jeunesse” n’est employé que deux fois contrairement à celle vendu à tout prix par le RPG Arc-en-ciel. La protection de la jeunesse par l’État se retrouve dans les deux constitutions. Contrairement à l’article dédié à la jeunesse dans la nouvelle constitution, ceux de l’actuelle constitution n’évoque pas la promotion de la jeunesse. Ils se limitent juste à son enseignement: « … Il (l’Etat NDLR) assure l’enseignement de la jeunesse qui est obligatoire… », peut-on lire dans l’article 23.

Une jeunesse livrée au chômage et à la migration irrégulière

Après presque dix (10) ans de gouvernance, cette jeunesse continue malheureusement à faire face au fléau du chômage, bien vrai que plusieurs structures de promotion de l’entrepreneuriat, l’emploi des jeunes existent de plus en plus. Environ 60 % des jeunes, dont l’âge varie autour de 25 ans, sont touchés par le chômage ou le sous-emploi selon le site french.china.org.

Aujourd’hui cette jeunesse guinéenne fait également partie du top 10 des pays dont les jeunes ont choisi le chemin irrégulier de la mer en Afrique.

Abdoulaye KABA