Nous sommes jeudi à la décharge de la Minière. Le crêt de la montagne d’ordures à peine visible dissimulé par la fumée qui pollue toute la zone. Invivable, mais pas pour tout le monde.  » Ce n’est pas facile pour un étranger, mais nous, nous sommes habitués, témoigne un habitant, sourire aux lèvres. De loin sur l’image, une personne, sans doute un homme venu trier des déchets. Ici c’est l’activité principale bien avant le déguerpissement. Des dizaines de femmes gagnent leur vie en triant les déchets plastiques. Des hommes aussi. Certains recherchent le fer, d’autres des sacs. Chacun a ce qui l’intéresse.

Ici on ne peut rien contre la fumée. La pauvreté a réussi à faire des riverains des insensibles. Personne n’a de masque et la vie continue non pas sans conséquences. Le docteur lui a demandé d’arrêter de fumer au risque de perdre son bébé. La femme ne fume pas de la cigarette en réalité, mais elle habite le quartier Dar-es-Salam là où l’éboulement de la décharge avait fait 9 morts en août 2017. Là où aussi le feu est toujours allumé. « Elle a quitté, puis est revenue après l’accouchement », poursuit notre interlocuteur. A la décharge de la Minière, il faut dire que la vie rime avec danger. Les habitants qui n’ont pas les moyens, n’ont presque pas de choix. Leur survie dépend des déchets qu’ils collectent tous les jours. « J’ai pris les frais de mon départ pour l’Europe j’ai investi dans la collecte des déchets plastiques. Aujourd’hui j’ai construit et je gagne tranquillement ma vie », témoigne Doumbouya en off.

L’activité est florissante, mais personne ne veut être filmé, surtout les mains dans les déchets. L’endroit est malsain et l’activité est attribuée aux pauvres. Les riverains gagnent leur vie dans les ordures, mais ils veulent garder leur dignité coûte que coûte. « On prend des photos, on publie dans les réseaux sociaux. Et nous, on a des filles qui doivent se marier, on a aussi des beaux-parents, des beaux-frères et des belles-sœurs. Ce n’est pas facile », lance une dame qui nous supplie de ne même pas laisser passer sa voix. A Dar-es-Salam, au milieu des déchets, il y a ce jardin potager, qui prospère, aidé par les ordures qui sont de vrais engrais.